Mercredi 19 novembre 2008



Nous avons repris nos séances de brainstormings. Le sujet de la semaine est de déterminer quel type d'évènement organiser le soir de mon élection. Cela doit vous paraître hâtif mais je n'ai jamais caché mes prétentions et j'affiche une sincérité à toute épreuve, c'est ma marque de fabrique (A noter dans un coin : YURI KANE : LE CANDIDAT DE LA SINCERITE). Voici un compte rendu rapide des nos réunions.

 

Richard a proposé un gala avec des artistes locaux connus dans le monde entier et même avec des artistes africains pour témoigner de ma largesse d'esprit. J'ai répondu que le concert de Nicolas Sarkozy avec Mireille Mathieu et Enrico Macias fut un événement indépassable.

 

Paul a avancé l'idée d'une marche festive avec des jongleurs et des acrobates, quelque chose de solennel et de populaire. Le peuple en marche derrière moi dans la joie et l'allégresse. J'ai du le stopper quand il a commencé a jongler dans le restaurant avec des morceaux de pain. On ne joue pas avec la nourriture.

 

Michael a continué sur son idée de départ, réaliser une œuvre qui allie art et science, avec son lapin génétique. Alors je me suis retenu de lui planter une fourchette sur le crâne. En ouvrant grand les yeux j'envoie "Ah oui je vais faire le tour de Paris en chantant du Hugues Auffray en traînant un lapin vert fluo au bout d'une laisse, mais vous n'êtes vraiment que des bons à rien". Et je continue sur ma lancée, face à mes collègues qui ont appris à se familiariser avec mes accès de colère.

 

Vous voulez de l'art ? Je propose que le soir de mon élection on en finisse une bonne fois pour tout avec les absurdités commises par les artistes contemporains. Nous allons clôturer le spectacle avec une chute digne de ce nom.

 

Alors que faire, je vous le demande ! Une automutilation, une dissection en public, une expérimentation animale multimédia, une ingestions de fœtus, une immolation ? Je propose une nouvelle étape : la mort en direct d'un artiste contemporain à la télévision ou sur webtv. Quel artiste aujourd'hui aurait le cran d'aller au bout de son nihilisme. A quand un artiste qui se suicidera pour de vrai, présentant son geste comme la dernière expression de sa subjectivité sur le monde ?

 

JAMAIS ! Aucun artiste contemporain ne se sacrifiera.

 

Et de toute manière il y a déjà un précédent indépassable pour nous occidentaux.

L'écrivain Yukio Mishima s'est fait hara-kiri en 1970, en véritable guerrier. Il ne s'agissait pas d'une performance d'un individu. Il s'agit de la capitulation d'un artiste guerrier mettant en scène sa propre mort en martyr dans une scénographie aux valeurs séculaires.

 

Oui j'ai bien parlé de valeurs alors que ce que l'on nous donne à voir comme art n'est qu'une mosaïque d'expressions subjectives et nombrilistes, un commentaire sur l'art, la politique et la société. L'art est devenu un discours du corps social parmi d'autres.

 

L'Art est mort, dissout par le silence de l'Esprit et évaporé dans le bruit de fond de la communication visuelle et plastique. Débattre de la place de l'artiste dans la société est devenue inutile car il importe d'être une pop star, de parler juste un peu plus fort que les autres, d'être soi-même et différent, en laissant la possibilité à chacun de se placer à ce niveau, ne serait-ce qu'un instant, le temps d'une coupure pub.

 

Par contre l'artiste, le survivant, se doit d'agir coupé du corps social (de la cité disait-on en d'autres temps) pour s'imprégner du mouvement créateur de la nature et du cosmos. Pour disparaître dans son œuvre et que son œuvre puisse nous apporter le salut ou l'incendie.

 

Nous ne cherchons pas à atteindre les limites de la provocation.

Nous ne sommes pas inscrit au concours de la subversion en carton.

Nous ne sommes pas des variables dans une base de données de cotation artistique.

Nous sommes les dépositaires d'un ordre antique, les tenants d'un flambeau à transmettre contre vents et marées à nos successeurs.

 

L'art ce n'est pas un concept, une image, une représentation. C'est bien plus que cela c'est animer les choses, les faire vivre, leur donner plus que du sens. Comme un livre que l'on en peut pas lâcher, comme un film qui installe son décor dans votre vie bien longtemps après être sorti de la salle de cinéma, comme un tableau qui vous suit des yeux et dans le lequel vous voudriez voyager.

 

Si vous souhaitez continuer dans la voie du gore et de la provocation gratuite ne vous gênez pas. Par contre vous êtes averti, vous allez atteindre rapidement les limites du désert, la mort. Si vous êtes en mal d'inspiration je vous donne une idée gratuite, en écho avec mon discours de la semaine dernière sur la sculpture. Je lance un appel d'offre aux artistes contemporains. Ecoutez bien !

 

Commande : Réaliser une sculpture de Mahomet.

Thème : Au choix selon votre penchant politique : Mahomet se suicidant avec un desert eagle israélien, Mahomet se faisant couper la gorge par un musulman, Mahomet se faisant sucer par de jeunes communiants…

Dotation : AUCUNE ! Après ça vous aurez une bonne fatwa au cul, de quoi asseoir votre notoriété et faire grimper votre côte.


 


Par Yuri Kane 2012 - Publié dans : Rayon culture
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Mercredi 12 novembre 2008




J'avais l'intention de publier cette semaine un communiqué sur l'art et les nouvelles frontières du désert mais mon nouveau conseiller politique m'a suggéré de faire un peu plus dans le culturel. Oui du culturel ! Alors je remballe mes critiques sur l'ART CONTEMPORAIN un moment pour vous parlez de Michel-Ange. A partir d'ici j'autorise celles et ceux qui pensent " Michel-Ange comme la tortue ninja lol" à s'abstenir de lire la suite. Cette démonstration ne leur sera d'aucun salut.

 

Alors pourquoi Michel-Ange ? Parce que Michel-Ange révolutionne la sculpture en insufflant dans la représentation du corps la manifestation de l'âme. C'est une redécouverte. La redécouverte de la Grèce antique et le développement des idées de la renaissance engagent les artistes à revoir leur façon d'aborder les mythes et les figures religieuses. Michel-Ange c'est aussi l'humilité de l'artiste face aux symboles qu'il sculpte et face à la démesure de son œuvre. En s'attachant à l'âme Michel-Ange dépasse la simple logique de la sculpture naturaliste comme rendu fidèle de l'anatomie humaine. Nous ne sommes pas que de la chair.

 

Ne nous arrêtons pas à Michel-Ange. Opérons un bond dans le futur. Rodin est l'héritier de Michel-Ange. Pour faire court, la perfection et le réalisme n'est pas essentiel chez Rodin. Ce ne sont ni la précision des formes ni le rendu du mouvement qui font des sculptures de Rodin des chef d'œuvres, mais leur expression. C'est là où Rodin est le dépassement de Michel-Ange car il recherche l'expression d'un sentiment, d'une idée, d'une émotion, de l'esprit. Chez Rodin il ne s'agit pas de contempler la reproduction d'une mécanique corporelle animée, il s'agit de faire face à notre condition humaine. Alors que faire après Rodin, comment le dépasser ?

 

Nouveau bond dans le futur. Rodin voulait faire de Brancusi son héritier qui refusa son enseignement. En s'éloignant de Rodin et de Michel-Ange, Brancusi n'a pas renié l'héritage. Il a tout mis en œuvre pour le dépasser. Brancusi a fuit le "bifteck", il a fuit la seule expression pour s'attacher à l'essence de la vie, ce qui se cache derrière l'apparence de nos corps. Il est obligé de s'écarter des maîtres pour les dépasser. Il se sépare du naturalisme, de la figuration, de la chair, de la fidélité anatomique, au mouvement. Il nous délivre la quintessence de notre nature sous sa forme la plus brute, la plus simple, absolue, l'esprit débarrassé de notre enveloppe charnelle. J'ai envie de me mettre à genou et de crier qu'il nous délivre de la mort en cherchant l'étincelle.

 

Quand on nous débarrasse de notre condition de mortel on revient aux mythes les plus anciens. Il est temps de faire un bond dans le passé pour revoir les Venus du paléolithique. Quelle que soit le sens que l'on leurs donne, symbole de fécondité, érotique, d'une société matriarcale ou les trois à la fois, nous sommes toujours dans le symbole et dans le mythe. Et si je vous parle ensuite de sculpture égyptienne, de la Grèce antique, de statuaire médiévale en empruntant quelques raccourcis pour en arriver à la Renaissance nous ne pouvons que conclure que la sculpture médiatise le symbole et cultive les mythes ; la vie ; mais aussi la vision de l'homme et notre place dans l'univers. Comment cela se traduit dans l'œuvre des trois artistes dont je viens de vous parler ?

 

Pour Michel-Ange il faut se rappeler qu'à son époque l'humanisme fait son apparition en Europe. Il faut se rappeler aussi qu'en ces temps nous redécouvrions la culture antique. Le changement du regard de l'homme sur lui-même est radical.

 

Rodin vit aussi dans un monde en mutation. Il faut se rappeler que "Dieu est mort" il y a peu de temps et que la place est chaude. C'est l'Homme qui vient de se placer au centre du monde.

 

Pour Brancusi les mutations sont tout aussi importantes. Il a vécu durant les guerres mondiales du vingtième siècle et la naissance des totalitarismes. On peut affirmer qu'il a connu la mort de l'Homme comme idée.

 

Je tenterai d'avancer l'idée qu'en cherchant le mystère à l'intérieur de toute chose, Brancusi tourne le dos à l'idée d'un Homme à la place de Dieu, il tourne même le dos à l'idée d'Homme ou de Place pour nous parler de la communion du vivant avec le cosmos.

 

Ce bref coup de projecteur sur une histoire de la sculpture est terminé. Bien entendu ce savoir n’est pas gratuit, vous ne regarderez plus du même œil les sculptures contemporaines et vous vous heurterez à un mur quand vous chercherez le symbolique et la vie quand vous observerez une Kate Moss en or, une vache coupée et plongée dans du formol ou toute autre production contemporaine en trois dimensions.

 

Loin de moi l'idée de revenir à un ordre antérieur soi-disant meilleur. Mais doit-on se résoudre à ce que nos symboles et nos mythes actuels soient réduits à des produits de décoration, des contemplations sociologiques, des jouets pour riches, des abstractions sans âme, où je ne sais quel autre concept nous renvoyant à nos nihilismes. Je vous demande seulement de regarder les ruines dans lesquels nous gisons et dites vous que l'horizon est toujours dépassable.


Par Yuri Kane 2012 - Publié dans : Rayon culture
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Mardi 4 novembre 2008



Je tiens absolument à vous parler de ma rencontre avec une des futures grandes vedettes françaises. Un mec qui a des couilles et de la suite dans les idées. J’ai rencontré Mickael dans une salle de sport. On travaille souvent sur les mêmes machines et cela fait plusieurs semaines que je le croise. On ne discute pas souvent mais il me lance quelquefois des vannes sur mes fringues ou sur mon physique. Des remarques que je n’avais pas prises à la légère, la réussite ne commence-t-elle pas en réussissant son image ? Bon lui il va toujours un peu trop loin, il se recoiffe parfois en se regardant dans des barres d’altères.

 

La dernière fois il a touché la corde sensible. Je portais un vulgaire jean auchan à la coupe affreuse. Je l’avais cherché mais je me suis emporté, j’ai voulu le pousser, il m’a bloqué le bras, puis s’est excusé très poliment m’expliquant que c’était une déformation professionnelle.

 

En parfait gentleman il m’invite à boire un soda à la cafeteria du club et commence à me brancher sur Sarkozy et la crise financière. J’acquiesce bêtement sur ses conneries d’homme d’état qui se révèle à la face du monde, j’ai plus d’une heure de musculation dans les bras et pas spécialement envie d’entrer dans un débat politique. Je ne peux toutefois pas laisser l’occasion de sortir :

 

- Tu sais Sarkozy il n’a pas forcement toutes ses chances en 2012, moi-même je suis candidat.

 

Il éructe et manque de recracher une gorgée de coca. Je ferme ma gueule et regarde négligemment ma montre-clé-usb-lecteur-mp3-dictaphone. D’un hochement de tête il relance la discussion. J'appuie sur le bouton record.

 

 - Sarko en fait je m’en fous un peu, l'essentiel c’est surtout ma réussite en tant qu’acteur, tu sais au fond le milieu du showbiz est comme ça maintenant. Déjà si tu regardes bien aujourd’hui pour rentrer dans le bizness faut être limite UMP. T’auras toujours des connards pour te le reprocher mais çà on s’en fout, Mitterrand est mort. Tout le monde est de droite aujourd’hui, même Renaud.

- C’est pas forcement faux, mais j’aurai plutôt tendance à penser que tout le monde est de gauche dans ce pays.

- Tu sais Yuri… tout ça c'est des foutaises les convictions ça n'existe pas, on vit dans un monde d’images, si tu m’as pas reconnu c’est que tu dois vivre un peu hors du monde, c’est clair. Tu vois j’ai crée mon concept, mon image parce que à un moment si tu veux pas te faire bouffer par le système il faut l’exploiter.

- Attends je te suis pas, t’es un rebelle ? Un opportuniste ? Ou t’es un vrai mec de droite ?

- Rien de tout çà, à la base je suis un gars de province monté à Paris comme tous les autres, je joue le mec qui s’en sort, je fais illusion, je porte des costards sur-mesure tout ça, mais pour te dire franchement, c’est pas pour faire dans le misérabilisme ou autre chose mais j’habite dans une chambre de bonne en coloc et je touche le rmi plus quelques cachets pour des rôles de figurants. J’ai que le bac mais j’ai une belle gueule et surtout je suis un esthète. Je compte bien en jouer pour faire parler de moi et entrer par la grande porte.

- Y'en a pas mal qui ont essayé et qui se sont fait bouffé tout cru. T'en as conscience ?

- J’ai lu quelques bouquins et j’ai compris que le système on ne peut pas le tuer. Soit t'es passif soit t'es totalement intégré au spectacle ? J'ai un plan tu vois.

- Comme faire péter le truc de l’intérieur pour faire changer les choses, t'es une sorte d'idéaliste de droite.

- Arrête avec tes trucs de gauche, de droite là, t’as tout faux. Ma devise, ce que je veux lancer à la face du monde c’est que dans le spectacle, c’est au moment où je représenterai totalement le faux que je pourrait atteindre une vérité !

- Well well well Debord ça n’a rien à voir il disait que dans le monde réellement renversé le vrai est un moment du faux…

 

Il boit une gorgée en me jetant un clin d’œil complice et enfile ses lunettes de soleil. Alors que je m'embourbe dans une explication merdique et il me coupe.

 

- Qu’est ce que les gens veulent voir aujourd’hui ? Des jolies filles, des bogoss’ pas de moches quoi ! Tout le monde dit que la culture c’est important, que la faim dans le monde, la paix, la tolérance c'est important et tout le bataclan ! Mais tout le monde rêve d’une seule chose : être beau, riche et célèbre, c’est pas nouveau mais en même temps tout le monde se complaît dans les avatars de la médiocrité. C’est là où je rejoins Sarkozy tu vois. Tu regardes quoi à la télé le samedi soir ? Arte ou Arthur ? Tu préfères voir des conneries sur le web ou chercher à comprendre les dernières découvertes scientifiques hein ?

- Heuu comme tout le monde je regarde des conneries sur dailymotion.

- Voila, c’est très bien, tout le monde veut voir des crétins se viander dans les videogags pour les nouveaux beaufs du net. Hé bien moi j'arrive à jongler avec les deux extrêmes !

- Ca je sais pas je …

- Je suis à la fois le prototype du bogoss friqué sans rien produire sortant avec des top model et en même temps je ne peux réussir à toucher tout le monde que si je me mets en scène comme le plus médiocre des hommes. Pas le plus mauvais, attention comprends bien ça ! Mais le plus moyen, inculte, arrogant, superficiel. Je suis l'aboutissement du conformisme spectaculaire. Tout le monde voudrait me ressembler et c'est pour cela que l'on m'admire ou qu'on me hait, et surtout … je suis partout.

- Wé mais qui te hais ? C'est les mecs du club qui t'en veulent, t'as pas payer ta cotisation ?

- Non je parle des clients des émissions ou des blogs qui se disent sérieux et qui se précipitent pour diffuser mes productions. Au final ça termine en bouffonnerie sans même que j'intervienne. Je suis en monologue constant, je parle de moi, je réalise mon portrait en direct, je me réalise en direct, je suis moi-même.

- Mais t'es un comédien ? Un animateur, un truc de ce genre… Etre soi-même ça veut rien dire c'est du marketing pour ado !

- Non je ne suis pas dans le marketing au sens où je vends un produit manufacturé ou un service. Je te donnes du rêve et t'en fais ce que t’en veux, mais je dit qu'une seule chose au final : tout le monde peut ressembler à MICKAEL VENDETTA, pas à moi personnellement comme tu me vois mais à MICKAEL VENDETTA, le rêve, l'espoir, l'idole.

- Mais tu vends ça quand ?

- Quand tu fais tes développés couchés à coté de moi tu ne rêves pas d’avoir mes pectoraux ? Quand un bloggeur fait un billet pour se foutre de ma gueule ce n’est pas dans l'espoir de profiter de ma notoriété et remplir son petit blog de raté avec les réussites des autres et faire tourner la machine ? Quand des branleurs me critiquent avec des commentaires sur internet, qu’est ce qu’ils veulent prouver ? Qu’ils sont meilleurs que moi ? Plus intelligent ? Plus drôle ? Pourquoi se sentent-ils obligé de défendre leur réputation d'icône - avatar ?  Défendre leur petite opinion de consommateur dans un petit commentaire ?

 

Je l’écoute ébahit, il me lance une dernière phrase avant que ne puisse détourner la discussion.

 

- Au final je suis un révélateur, quand on me voit à la télé on est libre de zapper, sur internet on a le choix de fermer le navigateur. C’est pas vrai çà ? Pourtant quand on me voit on est fasciné et il y a une raison. Quand on me juge c’est sa propre image que l’on juge et l’on ne donne à voir que l’image du MICKAEL VENDETTA que l’on a en soi. J'ai créé la production la plus aboutie de notre système. Le produit que tout le monde peut devenir et s'offrir à moindre frais. Le dernier degré de l'illusion, plus que de la marchandise je suis une promesse, quasiment une prophétie, le sacré sur l'écran de votre misère. Et quelque soit le rapport que l'on entretient avec cette nouvelle idole, désir ou répulsion, MICKAEL VENDETTA répond à un besoin car nul ne peut échapper à son spectacle.

- Et sinon tu rebois un coca ?

 

En sortant, il me serre la poigne sur le trottoir et me balance avec un clin d’oeil « Tout le monde peut devenir MICKAEL VENDETTA, n’oublie jamais ça. » Je me dis OK il a peut être abusé des stéroïdes ou un truc du genre ou il a voulu me draguer. C’est pas grave ce genre de type on en croise par dizaines dans la rue toujours prêt à vous vendre leur salade. Quelques jours plus tard je tombe sur Mickael tiré aux quatre épingles. Assis autour du plateau d’un de ces talk show merdiques de la TNT. Comme vous pouvez le constater je n’ai pas pu empêcher le MICKAEL VENDETTA qui est en moi de publier ce texte.


Par Yuri Kane 2012 - Publié dans : Témoignages de la fin du monde
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Mardi 28 octobre 2008

Suite à mon coup de sang de la semaine dernière je voulais faire une petite parenthèse pour vous parler d'un véritable artiste. Le croate Janko Domsic.

 

Parmi les plus belles pages que l'on hérite des artistes il y a des cartes, accompagnées tout au plus de quelques instructions. Et qui saurait les déchiffrer, les exploiter et explorer les territoires hermétiques, embryonnaires ou inaccessibles que nous lèguent les artistes ? Sinon d'autres artistes. Et Janko Domsic nous a laissé des cartes.

 

Face à ces boîtes noires remplies de cartes nous n'avons que très peu d'alternatives. Dialoguer avec des artistes morts ou pas encore nés. Et il nous est impossible d'échapper à ces cartes dès lors qu'elles se sont imprimées dans un coin de notre cerveau. Le public et le critique peuvent s'aventurer sur ces territoires et tenter un dialogue, mais s'ils ne réalisent pas de nouvelles cartes ils sont condamnés à ne produire que des éclairages ou au mieux des instruments de navigation, des boussoles ou des balises. Et c'est déjà beaucoup.

 

L'artiste n'a pas foncièrement la faculté de comprendre ou de critiquer l'art, ce n'est pas une nécessité pour lui. Il lui faut connaître et saisir sa généalogie. Par là il peut véritablement dialoguer avec les œuvres au delà du temps et de l'espace. Le plus fatal pour l'ego de l'artiste arrive quand d’autres artistes se manifestent et parlent littéralement à travers lui. Il faut alors accepter de ressentir la nostalgie de mondes qui n'ont pas encore vécus et pourtant déjà morts.

Par Yuri Kane 2012 - Publié dans : Rayon culture
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Mardi 21 octobre 2008

Mon programme politique se base sur un principe clair : c'est la technique qui fait avancer le monde. Cela en dépit des gesticulations des peuples, des idéaux, des partis politiques, des mythologies et des tentatives de création artistiques.

Sans technique, plus d'histoire, plus d'homme, point. Et soyons clair, ce "progrès"  domestique, scientifique ou militaire n'est en aucun cas linéaire, et encore moins compatible avec les foutaises du "progrès social pour le bien des peuples". La technique, elle se contrefout du bien.

 

Lors d'une de nos séances de brainstorming, Michael, l'un de mes conseillers culturels, me proposait de mettre en avant cette idée par la réalisation d'un outil de propagande en utilisant une technologie de pointe. Comme cela nous ferons d'une pierre deux coups en valorisant la recherche et l'art en un seul projet fédérateur. Fédérateur c'est cool comme mot à une époque où tout le monde est prêt à se foutre sur la gueule. Fédérateur c'est déjà une promesse de paix, avant même de savoir autour de quoi on veut vous fédérer.

 

Il faut dire que si le projet me séduit je m'interroge sur la technologie à mettre en valeur. De tous temps des artistes ont pris à bras le corps les découvertes techniques pour les sublimer, je citerai juste pour exemple les liens qui relient les œuvres cubistes et la découverte de la mécanique quantique ; il y a de cela bientôt un siècle. Mais aujourd'hui les consommateurs, en plus de n'avoir rien compris à la mécanique quantique, sont majoritairement méfiants vis-à-vis des technosciences. Il va sans dire que nous devons frapper un grand coup pour que le public daigne s'intéresser à une découverte scientifique et une œuvre d'art contemporain.

 

Cela soulève en moi une série d'interrogation sur le choix de la technique.

Je relance le brainstorming, je note en vrac :

Quelle nouvelle limite ?

La création d'un nouveau monde ?

La création de couleurs inconnues pour transcender notre représentation du monde ?

La création de nouvelles dimensions perceptibles ?

La création d'un nouvel homme ?

 

Soyons plus modeste me lança ce fichu Michael, il ne faut pas corrompre nos chances de victoire. Il me proposa de subventionner une limite à la portée de main : créer un objet pop, un toy (je note ce mot impulsivement dans un coin du paperboard), avec une technologie qui a fait ses preuves et a été récompensée par un prix scientifique. Comme ce lapin cloné et génétiquement modifié de l'artiste Eduardo Kac. Il devient fluo quand on le place sous une lampe UV. Voila une mascotte pop, facile à comprendre, même les gosses voudront des produits dérivés. Un jouet pareil pourrait devenir l'emblème de notre mouvement.

 

Recherche de slogan : AVEC YURI KANE POUR UN ART GENETIQUE !!! ET AVEC DES LAPINS !!!

 

Ho Mickael, c'est quoi ce délire de lapin ? Où est l'art là dedans ? On découvre qu'une protéine de méduse fluorescente offre de nouveaux horizons dans la compréhension des processus à l'œuvre dans le vivant et au lieu de sublimer cette découverte, de sublimer ces mystères dévoilés de notre nature et de leurs donner une nouvelle forme vous me dites qu'un artiste s'est contenté de dériver cette technologie pour rendre un lapin fluo ! Et surtout d'en faire une œuvre d'art ! Une sorte de ready-made vivant, quelle idiotie ! Qui voulez-vous faire trembler avec ce "séisme" artistique ?

 

J'ai du m'emporter sévèrement, le tableau à idées est à l'autre bout de la pièce, en plusieurs morceaux. O oui qu'ils sont dociles ces artistes qui n'interrogent plus le monde et se contente de son clonage standardisé. Mes collaborateurs cachent mal une certaine nervosité. O qu'ils sont dociles ces agitateurs quand ils se limitent à n'être que des employés de laboratoire ou de braves bouchers de province.

 

Il est temps de mettre un terme à cet art sans tragédie, cet art sans catharsis, cet art prêt à consommer, matérialiste, cool et réfractaire à toute transcendance, à toute symbolique.

Je m'apprête à virer tout ce petit monde. Que l'on arrête de me parler d'artistes techniciens se laissant aller à la reproduction de l'évidence au lieu de se consumer dans la sublimation des mystères du monde.



Par Yuri Kane 2012 - Publié dans : Journal de campagne 2012
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Journal de campagne

  • : Yuri Kane 2012
  • yurikane2012
  • : Art Mort Prophète Fin du monde mythes Politique
  • : J'annonce la fin du monde lors de ma présentation aux élections présidentielles françaises de 2012. Je suis aussi une réflexion sur l'art et d'autres trucs pas vraiment important comme le monde, les mythes, la survie, la mort et la fin du monde... Contrairement à ses opposants politiques Yuri Kane n'applique aucune censure dans les commentaires.
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