Nous avons repris nos séances de brainstormings. Le sujet de la semaine est de déterminer quel type d'évènement organiser le soir de mon élection. Cela doit vous paraître hâtif mais je n'ai jamais caché mes prétentions et j'affiche une sincérité à toute épreuve, c'est ma marque de fabrique (A noter dans un coin : YURI KANE : LE CANDIDAT DE LA SINCERITE). Voici un compte rendu rapide des nos réunions.
Richard a proposé un gala avec des artistes locaux connus dans le monde entier et même avec des artistes africains pour témoigner de ma largesse d'esprit. J'ai répondu que le concert de Nicolas Sarkozy avec Mireille Mathieu et Enrico Macias fut un événement indépassable.
Paul a avancé l'idée d'une marche festive avec des jongleurs et des acrobates, quelque chose de solennel et de populaire. Le peuple en marche derrière moi dans la joie et l'allégresse. J'ai du le stopper quand il a commencé a jongler dans le restaurant avec des morceaux de pain. On ne joue pas avec la nourriture.
Michael a continué sur son idée de départ, réaliser une œuvre qui allie art et science, avec son lapin génétique. Alors je me suis retenu de lui planter une fourchette sur le crâne. En ouvrant grand les yeux j'envoie "Ah oui je vais faire le tour de Paris en chantant du Hugues Auffray en traînant un lapin vert fluo au bout d'une laisse, mais vous n'êtes vraiment que des bons à rien". Et je continue sur ma lancée, face à mes collègues qui ont appris à se familiariser avec mes accès de colère.
Vous voulez de l'art ? Je propose que le soir de mon élection on en finisse une bonne fois pour tout avec les absurdités commises par les artistes contemporains. Nous allons clôturer le spectacle avec une chute digne de ce nom.
Alors que faire, je vous le demande ! Une automutilation, une dissection en public, une expérimentation animale multimédia, une ingestions de fœtus, une immolation ? Je propose une nouvelle étape : la mort en direct d'un artiste contemporain à la télévision ou sur webtv. Quel artiste aujourd'hui aurait le cran d'aller au bout de son nihilisme. A quand un artiste qui se suicidera pour de vrai, présentant son geste comme la dernière expression de sa subjectivité sur le monde ?
JAMAIS ! Aucun artiste contemporain ne se sacrifiera.
Et de toute manière il y a déjà un précédent indépassable pour nous occidentaux.
L'écrivain Yukio Mishima s'est fait hara-kiri en 1970, en véritable guerrier. Il ne s'agissait pas d'une performance d'un individu. Il s'agit de la capitulation d'un artiste guerrier mettant en scène sa propre mort en martyr dans une scénographie aux valeurs séculaires.
Oui j'ai bien parlé de valeurs alors que ce que l'on nous donne à voir comme art n'est qu'une mosaïque d'expressions subjectives et nombrilistes, un commentaire sur l'art, la politique et la société. L'art est devenu un discours du corps social parmi d'autres.
L'Art est mort, dissout par le silence de l'Esprit et évaporé dans le bruit de fond de la communication visuelle et plastique. Débattre de la place de l'artiste dans la société est devenue inutile car il importe d'être une pop star, de parler juste un peu plus fort que les autres, d'être soi-même et différent, en laissant la possibilité à chacun de se placer à ce niveau, ne serait-ce qu'un instant, le temps d'une coupure pub.
Par contre l'artiste, le survivant, se doit d'agir coupé du corps social (de la cité disait-on en d'autres temps) pour s'imprégner du mouvement créateur de la nature et du cosmos. Pour disparaître dans son œuvre et que son œuvre puisse nous apporter le salut ou l'incendie.
Nous ne cherchons pas à atteindre les limites de la provocation.
Nous ne sommes pas inscrit au concours de la subversion en carton.
Nous ne sommes pas des variables dans une base de données de cotation artistique.
Nous sommes les dépositaires d'un ordre antique, les tenants d'un flambeau à transmettre contre vents et marées à nos successeurs.
L'art ce n'est pas un concept, une image, une représentation. C'est bien plus que cela c'est animer les choses, les faire vivre, leur donner plus que du sens. Comme un livre que l'on en peut pas lâcher, comme un film qui installe son décor dans votre vie bien longtemps après être sorti de la salle de cinéma, comme un tableau qui vous suit des yeux et dans le lequel vous voudriez voyager.
Si vous souhaitez continuer dans la voie du gore et de la provocation gratuite ne vous gênez pas. Par contre vous êtes averti, vous allez atteindre rapidement les limites du désert, la mort. Si vous êtes en mal d'inspiration je vous donne une idée gratuite, en écho avec mon discours de la semaine dernière sur la sculpture. Je lance un appel d'offre aux artistes contemporains. Ecoutez bien !
Commande : Réaliser une sculpture de Mahomet.
Thème : Au choix selon votre penchant politique : Mahomet se suicidant avec un desert eagle israélien, Mahomet se faisant couper la gorge par un musulman, Mahomet se faisant sucer par de jeunes communiants…
Dotation : AUCUNE ! Après ça vous aurez une bonne fatwa au cul, de quoi asseoir votre notoriété et faire grimper votre côte.
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