Les progrès de la médecine moderne permettent de soigner des grands brûlés dont l'indice de baux atteint le score de 140, contre 100 il y a encore quelques décennies.
L'indice de baux, qu'est-ce ?
C'est l'âge de notre patient multiplié par la surface de son corps touchée par le feu. L'indice de Wallace nous permet de calculer cette surface, un pourcentage, à l'aide d'un QCM niveau brevet des collèges.
Chacune des zones touchées offrent un certain nombre de points à nos internes en médecine, comme sur les cibles d'un stand de tir. Jeunes gens, veuillez donc remplir votre formulaire en répertoriant les zones touchées :
La main droite,
les deux bras,
le haut du torse,
le cou,
et la tête.
Si votre calcul approche de 50, ce ne sera pas le meilleur score de la journée mais cela vous autorise à poursuivre votre lecture. Le but du jeu n'est pas seulement d'avoir le meilleur score, mais d'avoir le meilleur score en gardant le patient en vie.
Avec un indice aussi faible, nous pouvons affirmer que notre patient est loin d'être le plus à plaindre des grands brulés, médicalement parlant.
Le patient est allongé sur un lit blanc dans une salle immaculée.
La machine bat.
La machine respire.
Régulière et stabilisée.
Toute brûlure de plus de 10% de la surface du corps entraîne une réanimation du patient. Rassurez-vous la machine est déjà passée par là.
Aussi la brûlure entraîne un déficit de plasma dans le système circulatoire. La perte d'étanchéité de la peau et les perturbations hydroélectriques entraînent une baisse de la pression artérielle, puis un choc hypovolémique.
Ensuite quoi ?
Ensuite la mort.
La machine gère l'hydratation du patient.
La machine nourrit le patient.
Conseil pratique : l'eau froide est un anesthésique. Mais ne laissez pas un grand brûlé se refroidir. Les perturbations métaboliques dues aux pertes thermiques se chargeraient de tuer notre patient pour de bon.
Au bout du cinquième jour notons que toute brûlure est contaminée par les germes. C'est l'invasion microbienne. La majorité des grands brûlés ne succombe pas directement de leurs brûlures. La plus grande cause de mortalité est donc la septicémie.
La machine s'occupe de l'asepsie, les médecins-machines prennent le relais.
Sédation.
Prélèvements.
Chirurgie.
Coma.
Surveillance.
Réanimation.
Monsieur Kane ?
Monsieur Kane ?
Entendez-vous le rythme de votre cœur ?
Diffusé par notre système électronique d'amplification.
Monsieur Kane ?
Entendez-vous le souffle de votre être ?
Généré par le miracle de la danse des électrons.
Monsieur Kane ?
Entendez-vous le rythme lancinant des machines, les trompettes et les claviers d'un orchestre de plage, dans le creux de votre oreille ?
Oh Machine ! Je ne ressens qu'une lumière blanche.
La chaleur du soleil frappant le sable.
Le ressac de la mer, des galets qui s'entrechoquent à n'en plus finir.
J'écoute la voix synthétique de la pianiste qui m'envoie ces quelques vers.
Monsieur Kane ?
Entendez-vous notre balise ? Elle lance un appel à la sédition.
C'est sur la plage de votre enfance que nous commémorerons vos souffrances.
Les brumes de mon esprit s'éclaircissent et laissent entrevoir une déformation de l'horizon. Régulière et lointaine.
Stabilisée, m'aurait annoncée la voix dans la lumière.
Bien sur j'entends ce signal aigu, cet écho glaciale, résonner du haut des falaises, il s'attarde sur la plage, traverse le pont et ouvre les hostilités.
Ou le début de mon chemin de croix.
Mais voyez-vous, je dors sur la plage, mon chapeau sur la figure. Ivre et groggy d'un long voyage, sous le soleil de ce bord de mer en Normandie. Las, je sommeille, je rêvasse, sur la plage de mon enfance.
Un goéland vient à ma rencontre et m'annonce que le débarquement est pour aujourd'hui. Je suis sur le point, vraiment très proche, de déclarer forfait.
L'horizon vibre de mille formes cylindriques et elliptiques.
Sans attendre, le son de la batterie démarra.
Je me lève, je suis seul.