Rayon culture

Mercredi 24 décembre 2008



Notre meeting s'annonce être un véritable succès, je vous en parlerai la semaine prochaine. Pour vous remercier de votre fidélité voici en exclusivité une nouvelle de Walter Mäntzch :



Dernière lettre d'amour d'un marin perdu dans le futur.



Cela fait presque deux semaines qu'on étouffe sous la canicule. Nous profitons d'une petite brise salvatrice au bord de l'étang, on discute de tout et de rien. Nos femmes passent au loin sur l'autre rive, nous entendons leurs rires d'ici. Elles ondulent entre le ciel sanguin et le scintillement hypnotique de la surface de l'eau. Ce doux frétillement se transforme en une vibration plus inquiétante, je mis cela sur le compte des litres d'alcool ingurgitées dans l'après midi. Je ne quitte pas cette vibration des yeux. Diagnostic : hallucination passagère. La mâchoire bloquée je sens l'angoisse me submerger par tous les canaux disponibles, veines, nerfs, glandes, j'ai l'estomac comprimé. Je lâche ma bière et un juron obscène, je n'en crois pas mes yeux, les remous de l'étang ne peuvent pas mentir. Un mec vient de tomber dans l'eau, juste devant nous. Je tourne la tête vers Romain, aucun son ne sortira de ma bouche. Il est déjà sur le ponton. Comme je tente de me lever j'aperçois le type remonter à la surface. Son cri de terreur polarise la scène une fraction de seconde. Puis tout s'enchaîne mécaniquement. Les filles reviennent au pas de course. Romain et Tony sortent le jeune hors de l'eau. Je suis au point mort, j'essaie avec peine de remettre mes idées en ordre et de trouver une parade à l'anxiété. Je prends l'initiative de décapsuler une cannette de bière.


Aucun de nous n'a pu raconter avec certitude ce qu'il s'était passé, nous demandions au naufragé s'il se sentait bien, qu'est ce qu'il lui était arrivé et un tas d'autres questions sans lui laisser le temps de répondre. Lui fixait bêtement l'appareil numérique qui pendait au cou d'une des filles qui reprenait son souffle. Tout s'arrêta net quand il lâcha un "where am i ?" d'une voix caverneuse. Le ponton pris la forme d'un concile halluciné. Six jeunes gens ivres faces à un marin en uniforme racontant des inepties dans un anglais à l'accent imbitable. Nous avons tenté de rationaliser l'événement, un barbecue nous attendait. Le gars avait l'air agité et ne répondait à aucune de nos questions, on l'emmena  dans la cabane pour qu'il se change. Il enfila un bermuda et un marcel qui traînait par là. Nous accrochâmes son costume sur une branche pour qu'il sèche. On le sentait mal à l'aise mais à la vue du nombre de tarés comptant dans notre entourage il n'y avait aucune raison de ne pas l'inviter à manger. Le bougre est perdu, il observe chaque chose, chaque geste d'un regard inquisiteur et ne dit aucun mot. Nous continuons notre repas dans la bonne humeur alors que notre hôte s'est réfugié depuis un bon moment dans un petit bosquet. Le temps de fumer une clope je pars à sa rencontre pour en savoir plus.


J'organise dans ma tête quelques questions. Qui es tu ? Qu'est ce que tu fous dans le coin ? Tu veux qu'on te ramène chez toi ? Et la question subsidiaire, si tu t'es échappé de l'hôpital psychiatrique, as-tu tes médicaments sur toi ? J'arrive devant un banc vide, pas le temps de finir ma cigarette que je suis projeté à terre. Sur mon dos, clé de bras, je l'entends gueuler "GERMAN ?", "JAPANESE ?", "GERMAN ?". Entre chaque mot je vomis. La première pensée qui me vient à l'esprit est « je n'aurais pas du m'acharner sur cette bouteille de rosé ». Je prends un méchant coup dans la cuisse puis un second dans les tibias, c'est Tony qui nous savate sans distinction. M'a-t-il vu par terre au moins ? Le marin est maîtrisé, je tente de dégager l'herbe et les morceaux de viandes prédigérés de ma figure. L'interrogatoire démarre au moment où je pars me nettoyer au bord de l'étang. Ils ne le lâcheront pas avant qu'il ait dit quelque chose de cohérent. En revenant je vide la table des cadavres de bouteilles ; avertir les flics n'est qu'une question de minutes. Le petit groupe m'interpelle, je laisse tomber le sac poubelle, ils m'expliquent tous en même temps qu'il est vraiment américain et ne connaît pas un mot de français, qu'il s'appelle Jack et qu'il ne sort pas de l'asile ou d'une reconstitution historique. Nous comprenons hébétés que Jack prétend être un vrai militaire qui a atterri ici un beau jour d'août 1943.


A l'heure où je vous parle Jack est enterré ou interné dans un endroit qui nous est inconnu. La famille qu'il disait avoir en Alabama n'a donné aucune suite aux enquêteurs. Peu de choses ont filtrées dans la presse. Les gendarmes qui se sont chargés de l'affaire nous ont recommandé d'être discret à ce sujet. Nous nous sommes aperçu bien plus tard qu'il n'y avait pas beaucoup d'alternatives pour discuter avec Jack et que dans notre état second nous avions choisis l'une des meilleures options, c'est-à-dire plonger totalement dans son délire. Jack vit dans un monde en guerre où la France est occupée par les allemands. Jack est un officier de la Navy basé à Philadelphie. Notre bande de copains est devenu pour le coup un groupe de résistants français. Nous sommes le jeudi 12 août 1943, Jack ne craignait rien avec nous, il rejoindrait bientôt le maquis. La maison des grands parents de Romain était à une demi heure de marche, le temps pour Jack de reprendre ses esprits et pour nous d'échauder un plan. Nous investîmes la cave voûtée pour la nuit. Chacun s'était trouvé un rôle dans la résistance. Aucun anachronisme ne perturba notre réunion de crise dans le QG local de la résistance. Voici le compte rendu le plus fidèle de ce qu'il nous a été permis d'entendre en cette nuit d'août d'une année improbable.


"Vous n'allez sûrement pas me croire mais j'étais cet après midi sur l'U.S.S. Eldridge. Sur la côte atlantique pour une série de manœuvre. Je n'ai aucune explication à vous donner. Je ne peux tout simplement pas me résoudre à me trouver là au cœur de l'Europe occupée."

Personne n'a saisi vraiment l'importance de cette phrase.

"Heureusement que je ne suis pas tombé sur un groupe de soldat allemands je serai prisonnier l'heure qu'il est, mais je ne sais même pas si je suis encore vivant ou fou. Ce monde est tellement... tellement différent. Je dois vous dire merci et pourtant...". Nous le laissons nous exprimer sa gratitude et raconter son histoire sans lui couper la parole.

La tension est montée d'un cran.

Il ne semble pas connaître un mot de français cela nous permet de ne pas trop le perturber, c'est Christelle qui maîtrise le mieux l'anglais, elle s'occupe à la fois de la discussion et de la traduction. Après quelques minutes je m'éclipse avec Romain pour chercher un bouquin d'histoire dans la bibliothèque du grand père. Nous avons trouvé dans un dictionnaire une planche chronologique des grands événements de la guerre. Nous ne sommes pas assez armé pour éprouver les vérités de Jack. Nous redescendions avec ces quelques éléments en tête, Pearl Harbord, la défaite allemande à Stalingrad, la prise de Tunis... Jack répondit parfaitement à nos questions sur la guerre, sur les films de l'époque mais il en esquivait toujours une. Christelle répéta une dernière fois cette question simple.

"- Qu'est ce que tu faisais sur ce bateau cet après-midi, quel est ton dernier souvenir ?

- Je ne devrais pas vous le dire mais nous sommes alliés n'est ce pas ? Et je n'ai plus grand chose à perdre."

Nous comprirent tous la phrase sans traduction et acquiescèrent de la tête en même temps. Ses mains tremblaient.

"Je fais partie d'un équipage dédié à des recherches scientifiques. Nous préparons depuis plusieurs mois une expérience sur un bateau de la Navy. Je ne suis qu'un volontaire pour l'expérience. Je ne connais que très peu de choses sur le projet, seulement que la Navy va rendre les bateaux invisibles aux radars. Aujourd'hui il y avait un test sur l'U.S.S. Eldridge."

Il se tue quelques secondes qui nous parurent une éternité.

"J'étais sur ce navire."

Il ferma ses poings pour stopper les tremblements. Sa jambe trépignait comme s'il était en pleine montée de champignons hallucinogènes mais il paraissait tellement lucide dans ses propos.

"J'étais en poste sur le pont, sur ce bateau avec ces drôles de bobines et tout cet appareillage complexe. Dès que le test commença tout le monde a senti que quelque chose clochait, il y avait cette vibration, ce ..., j'ai vu les frères Bielek plonger par-dessus bord. J'en ai fait de même ..."

En quelques mots il glaça la nuit moite.

"J'ai chuté, chuté dans le vide... et puis cet étang..."

Aucune expression ne trahissait un mensonge. Il ajouta simplement qu'il n'avait pas d'autres souvenirs, qu'il n'avait rien d'autre de plus à dire sur ce sujet, il avait mal au crâne. La folle soirée se termina ainsi, fini de jouer. Le marin s'endormit sur un lit de fortune. Le lendemain les gendarmes sont venus le chercher. Avant de sortir de la cave il me remit un papier. Je restais dans la cave, je ne voulais pas le voir affronter à nouveau le monde réel. Il avait eu le temps d'écrire un mot pour sa femme Suzanne, résidant à Camden, Alabama. Le voici.



Cher Suzanne,


La guerre touche à sa fin pour nous.

Ne te réjouie pas trop vite car elle annonce des temps de folie.

J'ai prié chaque jour pour te rejoindre au plus vite et je ne sais par quel artifice j'ai quitté hier la Pennsylvanie et cette foutue machine de guerre pour un monde que je ne reconnais pas.

Quel miracle !

Existes-tu dans ce monde ? Certainement, je ne pense qu'à toi.

Je profite d'un dernier instant de clarté d'esprit pour t'écrire cette lettre.

Que notre amour se propage par delà le temps, par delà l'espace où la raison s'absente.


Jack, le 13 Août 1943



Par Yuri Kane 2012
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Vendredi 5 décembre 2008




Notre équipe est submergée d'email, nous n'avons pas eu le temps de répondre à tout le monde ni de sélectionner les questions réponses publiées.

Pour vous faire patienter, Francis, notre stagiaire informatique de 36 ans vous a concocté une nouvelle affiche. Une carte postale rien que pour vous, chers lecteurs. Ce cher Francis est un être charmant, je vous le présenterez un de ces jours c'est promis.

Continuer à nous envoyer vos questions, vos réponses et vos états d'âme à :

YURIKANE2012@gmail.com

Par Yuri Kane 2012
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Mercredi 19 novembre 2008



Nous avons repris nos séances de brainstormings. Le sujet de la semaine est de déterminer quel type d'évènement organiser le soir de mon élection. Cela doit vous paraître hâtif mais je n'ai jamais caché mes prétentions et j'affiche une sincérité à toute épreuve, c'est ma marque de fabrique (A noter dans un coin : YURI KANE : LE CANDIDAT DE LA SINCERITE). Voici un compte rendu rapide des nos réunions.

 

Richard a proposé un gala avec des artistes locaux connus dans le monde entier et même avec des artistes africains pour témoigner de ma largesse d'esprit. J'ai répondu que le concert de Nicolas Sarkozy avec Mireille Mathieu et Enrico Macias fut un événement indépassable.

 

Paul a avancé l'idée d'une marche festive avec des jongleurs et des acrobates, quelque chose de solennel et de populaire. Le peuple en marche derrière moi dans la joie et l'allégresse. J'ai du le stopper quand il a commencé a jongler dans le restaurant avec des morceaux de pain. On ne joue pas avec la nourriture.

 

Michael a continué sur son idée de départ, réaliser une œuvre qui allie art et science, avec son lapin génétique. Alors je me suis retenu de lui planter une fourchette sur le crâne. En ouvrant grand les yeux j'envoie "Ah oui je vais faire le tour de Paris en chantant du Hugues Auffray en traînant un lapin vert fluo au bout d'une laisse, mais vous n'êtes vraiment que des bons à rien". Et je continue sur ma lancée, face à mes collègues qui ont appris à se familiariser avec mes accès de colère.

 

Vous voulez de l'art ? Je propose que le soir de mon élection on en finisse une bonne fois pour tout avec les absurdités commises par les artistes contemporains. Nous allons clôturer le spectacle avec une chute digne de ce nom.

 

Alors que faire, je vous le demande ! Une automutilation, une dissection en public, une expérimentation animale multimédia, une ingestions de fœtus, une immolation ? Je propose une nouvelle étape : la mort en direct d'un artiste contemporain à la télévision ou sur webtv. Quel artiste aujourd'hui aurait le cran d'aller au bout de son nihilisme. A quand un artiste qui se suicidera pour de vrai, présentant son geste comme la dernière expression de sa subjectivité sur le monde ?

 

JAMAIS ! Aucun artiste contemporain ne se sacrifiera.

 

Et de toute manière il y a déjà un précédent indépassable pour nous occidentaux.

L'écrivain Yukio Mishima s'est fait hara-kiri en 1970, en véritable guerrier. Il ne s'agissait pas d'une performance d'un individu. Il s'agit de la capitulation d'un artiste guerrier mettant en scène sa propre mort en martyr dans une scénographie aux valeurs séculaires.

 

Oui j'ai bien parlé de valeurs alors que ce que l'on nous donne à voir comme art n'est qu'une mosaïque d'expressions subjectives et nombrilistes, un commentaire sur l'art, la politique et la société. L'art est devenu un discours du corps social parmi d'autres.

 

L'Art est mort, dissout par le silence de l'Esprit et évaporé dans le bruit de fond de la communication visuelle et plastique. Débattre de la place de l'artiste dans la société est devenue inutile car il importe d'être une pop star, de parler juste un peu plus fort que les autres, d'être soi-même et différent, en laissant la possibilité à chacun de se placer à ce niveau, ne serait-ce qu'un instant, le temps d'une coupure pub.

 

Par contre l'artiste, le survivant, se doit d'agir coupé du corps social (de la cité disait-on en d'autres temps) pour s'imprégner du mouvement créateur de la nature et du cosmos. Pour disparaître dans son œuvre et que son œuvre puisse nous apporter le salut ou l'incendie.

 

Nous ne cherchons pas à atteindre les limites de la provocation.

Nous ne sommes pas inscrit au concours de la subversion en carton.

Nous ne sommes pas des variables dans une base de données de cotation artistique.

Nous sommes les dépositaires d'un ordre antique, les tenants d'un flambeau à transmettre contre vents et marées à nos successeurs.

 

L'art ce n'est pas un concept, une image, une représentation. C'est bien plus que cela c'est animer les choses, les faire vivre, leur donner plus que du sens. Comme un livre que l'on en peut pas lâcher, comme un film qui installe son décor dans votre vie bien longtemps après être sorti de la salle de cinéma, comme un tableau qui vous suit des yeux et dans le lequel vous voudriez voyager.

 

Si vous souhaitez continuer dans la voie du gore et de la provocation gratuite ne vous gênez pas. Par contre vous êtes averti, vous allez atteindre rapidement les limites du désert, la mort. Si vous êtes en mal d'inspiration je vous donne une idée gratuite, en écho avec mon discours de la semaine dernière sur la sculpture. Je lance un appel d'offre aux artistes contemporains. Ecoutez bien !

 

Commande : Réaliser une sculpture de Mahomet.

Thème : Au choix selon votre penchant politique : Mahomet se suicidant avec un desert eagle israélien, Mahomet se faisant couper la gorge par un musulman, Mahomet se faisant sucer par de jeunes communiants…

Dotation : AUCUNE ! Après ça vous aurez une bonne fatwa au cul, de quoi asseoir votre notoriété et faire grimper votre côte.


 


Par Yuri Kane 2012
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Mercredi 12 novembre 2008




J'avais l'intention de publier cette semaine un communiqué sur l'art et les nouvelles frontières du désert mais mon nouveau conseiller politique m'a suggéré de faire un peu plus dans le culturel. Oui du culturel ! Alors je remballe mes critiques sur l'ART CONTEMPORAIN un moment pour vous parlez de Michel-Ange. A partir d'ici j'autorise celles et ceux qui pensent " Michel-Ange comme la tortue ninja lol" à s'abstenir de lire la suite. Cette démonstration ne leur sera d'aucun salut.

 

Alors pourquoi Michel-Ange ? Parce que Michel-Ange révolutionne la sculpture en insufflant dans la représentation du corps la manifestation de l'âme. C'est une redécouverte. La redécouverte de la Grèce antique et le développement des idées de la renaissance engagent les artistes à revoir leur façon d'aborder les mythes et les figures religieuses. Michel-Ange c'est aussi l'humilité de l'artiste face aux symboles qu'il sculpte et face à la démesure de son œuvre. En s'attachant à l'âme Michel-Ange dépasse la simple logique de la sculpture naturaliste comme rendu fidèle de l'anatomie humaine. Nous ne sommes pas que de la chair.

 

Ne nous arrêtons pas à Michel-Ange. Opérons un bond dans le futur. Rodin est l'héritier de Michel-Ange. Pour faire court, la perfection et le réalisme n'est pas essentiel chez Rodin. Ce ne sont ni la précision des formes ni le rendu du mouvement qui font des sculptures de Rodin des chef d'œuvres, mais leur expression. C'est là où Rodin est le dépassement de Michel-Ange car il recherche l'expression d'un sentiment, d'une idée, d'une émotion, de l'esprit. Chez Rodin il ne s'agit pas de contempler la reproduction d'une mécanique corporelle animée, il s'agit de faire face à notre condition humaine. Alors que faire après Rodin, comment le dépasser ?

 

Nouveau bond dans le futur. Rodin voulait faire de Brancusi son héritier qui refusa son enseignement. En s'éloignant de Rodin et de Michel-Ange, Brancusi n'a pas renié l'héritage. Il a tout mis en œuvre pour le dépasser. Brancusi a fuit le "bifteck", il a fuit la seule expression pour s'attacher à l'essence de la vie, ce qui se cache derrière l'apparence de nos corps. Il est obligé de s'écarter des maîtres pour les dépasser. Il se sépare du naturalisme, de la figuration, de la chair, de la fidélité anatomique, au mouvement. Il nous délivre la quintessence de notre nature sous sa forme la plus brute, la plus simple, absolue, l'esprit débarrassé de notre enveloppe charnelle. J'ai envie de me mettre à genou et de crier qu'il nous délivre de la mort en cherchant l'étincelle.

 

Quand on nous débarrasse de notre condition de mortel on revient aux mythes les plus anciens. Il est temps de faire un bond dans le passé pour revoir les Venus du paléolithique. Quelle que soit le sens que l'on leurs donne, symbole de fécondité, érotique, d'une société matriarcale ou les trois à la fois, nous sommes toujours dans le symbole et dans le mythe. Et si je vous parle ensuite de sculpture égyptienne, de la Grèce antique, de statuaire médiévale en empruntant quelques raccourcis pour en arriver à la Renaissance nous ne pouvons que conclure que la sculpture médiatise le symbole et cultive les mythes ; la vie ; mais aussi la vision de l'homme et notre place dans l'univers. Comment cela se traduit dans l'œuvre des trois artistes dont je viens de vous parler ?

 

Pour Michel-Ange il faut se rappeler qu'à son époque l'humanisme fait son apparition en Europe. Il faut se rappeler aussi qu'en ces temps nous redécouvrions la culture antique. Le changement du regard de l'homme sur lui-même est radical.

 

Rodin vit aussi dans un monde en mutation. Il faut se rappeler que "Dieu est mort" il y a peu de temps et que la place est chaude. C'est l'Homme qui vient de se placer au centre du monde.

 

Pour Brancusi les mutations sont tout aussi importantes. Il a vécu durant les guerres mondiales du vingtième siècle et la naissance des totalitarismes. On peut affirmer qu'il a connu la mort de l'Homme comme idée.

 

Je tenterai d'avancer l'idée qu'en cherchant le mystère à l'intérieur de toute chose, Brancusi tourne le dos à l'idée d'un Homme à la place de Dieu, il tourne même le dos à l'idée d'Homme ou de Place pour nous parler de la communion du vivant avec le cosmos.

 

Ce bref coup de projecteur sur une histoire de la sculpture est terminé. Bien entendu ce savoir n’est pas gratuit, vous ne regarderez plus du même œil les sculptures contemporaines et vous vous heurterez à un mur quand vous chercherez le symbolique et la vie quand vous observerez une Kate Moss en or, une vache coupée et plongée dans du formol ou toute autre production contemporaine en trois dimensions.

 

Loin de moi l'idée de revenir à un ordre antérieur soi-disant meilleur. Mais doit-on se résoudre à ce que nos symboles et nos mythes actuels soient réduits à des produits de décoration, des contemplations sociologiques, des jouets pour riches, des abstractions sans âme, où je ne sais quel autre concept nous renvoyant à nos nihilismes. Je vous demande seulement de regarder les ruines dans lesquels nous gisons et dites vous que l'horizon est toujours dépassable.


Par Yuri Kane 2012
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Mardi 28 octobre 2008

Suite à mon coup de sang de la semaine dernière je voulais faire une petite parenthèse pour vous parler d'un véritable artiste. Le croate Janko Domsic.

 

Parmi les plus belles pages que l'on hérite des artistes il y a des cartes, accompagnées tout au plus de quelques instructions. Et qui saurait les déchiffrer, les exploiter et explorer les territoires hermétiques, embryonnaires ou inaccessibles que nous lèguent les artistes ? Sinon d'autres artistes. Et Janko Domsic nous a laissé des cartes.

 

Face à ces boîtes noires remplies de cartes nous n'avons que très peu d'alternatives. Dialoguer avec des artistes morts ou pas encore nés. Et il nous est impossible d'échapper à ces cartes dès lors qu'elles se sont imprimées dans un coin de notre cerveau. Le public et le critique peuvent s'aventurer sur ces territoires et tenter un dialogue, mais s'ils ne réalisent pas de nouvelles cartes ils sont condamnés à ne produire que des éclairages ou au mieux des instruments de navigation, des boussoles ou des balises. Et c'est déjà beaucoup.

 

L'artiste n'a pas foncièrement la faculté de comprendre ou de critiquer l'art, ce n'est pas une nécessité pour lui. Il lui faut connaître et saisir sa généalogie. Par là il peut véritablement dialoguer avec les œuvres au delà du temps et de l'espace. Le plus fatal pour l'ego de l'artiste arrive quand d’autres artistes se manifestent et parlent littéralement à travers lui. Il faut alors accepter de ressentir la nostalgie de mondes qui n'ont pas encore vécus et pourtant déjà morts.

Par Yuri Kane 2012
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  • : J'annonce la fin du monde lors de ma présentation aux élections présidentielles françaises de 2012. Je suis aussi une réflexion sur l'art et d'autres trucs pas vraiment important comme le monde, les mythes, la survie, la mort et la fin du monde... Contrairement à ses opposants politiques Yuri Kane n'applique aucune censure dans les commentaires.
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