Bonjour, je me nomme Walter Mäntzsch. Un nom évocateur pour les fidèles lecteurs de ce blog. Je laisse le soin à nos nouveaux visiteurs de prendre connaissance des précédents épisodes.
Si je m'adresse directement à vous aujourd'hui, c'est en raison d'un terrible accident survenu il y a quelques mois, mettant en péril l'existence de Yuri Kane, notre prophète.
Après six mois de silence, ce blog repris vie avec la mise en ligne de cinq textes au contenu onirique (Indice de baux, Le débarquement, Sandbox blues, Je traverse le monde sur un chemin de cendres froides, Dans les pas de l'enfant). Il s'agissait du parcours entre la vie et la mort de Yuri Kane.
Aujourd'hui Yuri se repose dans sa nouvelle résidence avant de reprendre la parole. Il m'a chargé de tenir ce blog et de poursuivre son œuvre le temps de sa convalescence.
Avant toute chose reprenons au départ. Laissez-moi vous raconter une dernière histoire.
Dernière vision
Entrée en matière, un article paru sur Francis.
Un article mis en ligne par Francis, lui-même.
Un article apprécié par Francis, au début.
Un article lu par la maman de Francis.
Lu et relu par la maman de Francis.
Encore une dernière relecture.
Conséquence directe. Six mois d'absence.
Dernière vision : Yuri Kane attrape sa veste.
Il est déjà trop tard.
Francis est content que l'on s'intéresse à lui. Il a trouvé une bande de copains. Francis a des amis, youpi, pour la première fois de sa triste vie. Ecoutons Francis, le soir du réveillon, le soir de notre premier meeting : « C'est la meilleure soirée de ma vie ! »
Ecoutons Francis, le jour de la mise en ligne de son portrait, souriant, presque épanouit, Francis la gloriole : « J'ai vraiment galéré pendant longtemps Yuri. Mais là je crois que je commence à vraiment me sentir bien dans ma peau tu vois ce que je veux dire. »
Oui Francis, nous sommes heureux pour toi, vachement heureux. Maintenant écoutons Francis, euphorique comme une pucelle un soir de bal au village. Il montre le site à maman : « Regarde là c'est ma photo et puis là il y a un texte en dessous qui parle de moi »
Observons cette fois Francis, hésitant, surplombé par le visage rougeaud de maman : « Comment tu trouves ca ? »
A première vue il semblerait que nous ayons ébréché un mythe. Maman la psychanalyste à la retraite n'apprécie guère l'éloge de débauche suintant de notre publication. Cela ne se fait pas sans dégât sur Francis, déjà assommé par un surmoi maternel gonflé au syndrome climatérien.
Francis passe devant la fenêtre par une après-midi pluvieuse ; Francis a l'air maussade. C'est curieux car il n'a rien à faire ici. Nous sommes samedi. Des oiseaux traversent l'écran. Yuri fais du tri dans des documents administratifs.
Francis entre. Francis fulmine.
- Tu te serais pas foutu de moi ?
Alors que Yuri allait lui demander s'il avait oublié un truc au local, il enchaîne sur son texte qu'il a du apprendre par cœur sur la route.
- Tu crois que je ne suis pas capable de me rendre compte que tu te fous de ma gueule ?
Yuri repose les documents. Francis s'approche du PC. Francis rumine, Francis déroule.
- Alors comme ca tu me prends pour un pigeon, tu crois que tu vas pouvoir continuer à écrire des conneries sur les gens sans en assumer les conséquences ?
Alors que Yuri tente de le calmer. Il se fait bousculer. Il vacille. Il se rattrape d'une main sur un bureau, proche de la chute.
- Tu crois que je vais me laisser faire ?
Il hurle :
- Hein Yuri tu crois que je vais le laisser faire ?
Yuri n'ose répondre, reprends son équilibre, évite de justesse un coup de pied qui finit sa course dans la tour d'un pc. Le bureau tremble et l'écran se brise sur le sol. Yuri tourne la tête, Francis arrache le modem, continue à hurler :
- Tu crois ? Tu crois ?
Francis en pleine furie avec le modem dans les mains, hurle et jette des objets aux quatre coins de la pièce. Il saccage l'une des tables, les feuilles volent, c'est un volcan administratif qui s'abat sur Yuri Kane, la colère des petites mains de l'intendance, une bouteille d'eau se renverse sur la table. Au ralenti. L'explosion de la multiprise provoque l'onde de choc tant attendu. Des formulaires administratifs s'embrasent déjà. Le vandale se défile, des flammèches de tracts à hauteur de visage. Yuri cherche une couverture. Il attrape sa veste. Yuri éteint le feu quand un crépitement assourdissant illumine le visage de Francis sur une ultime expression de fureur et d'étonnement.
« Cher Francis.
Je passe un bon séjour ici, les infirmières sont aussi souriantes que les machines qui me maintiennent en vie. L'hôpital est très accueillant. Les gens sont très sympathiques. Je dois être sacrément amoché pour provoquer une telle empathie. Je ne peux parler qu'au prix de grands efforts. Sans mes bandages et avec une greffe de peau je t'aurai volontiers adressé cette carte de mes mains. Avec ces quelques mots au dos d'une carte postale illustrant l'écorchage d'un cochon vivant :
Voici ma dernière vision : J'attrape ma veste et je pars sur la route.
Yuri Kane »